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La Fête des Arbres
(1905-2005)

Fête des Arbres

C’est à Esneux, que fut célébrée, le 21 mai 1905, la première Fête des Arbres organisée en Belgique. Des personnalités et artistes célèbres avaient prêté leur concours enthousiaste : des écrivains, notamment Jean d'Ardenne, Camille Lemonnier (« le Maréchal des lettres belges »), Léon Souguenet (qui allait bientôt fonder « Le Pourquoi Pas ? »), Maurice des Ombiaux, Albert Mockel et Edmond Picard ; ou des peintres tels Auguste Donnay, Emile Berchmans et Richard Heintz.

Jean d’Ardenne - il le reconnut lui-même le 24 septembre suivant dans son discours donné à Spa lors de la Fête des Arbres - avait été enclin "à considérer cette petite formalité rustique, accomplie aux rives de l'Ourthe liégeoise, comme une aimable fantaisie d'artistes et de gens de lettres, que le reste du monde se bornerait à accueillir soit avec une curiosité souriante, non exempte de sympathie, mais rien de plus, soit avec un dédaigneux haussement d'épaules ou une indifférence totale, - selon la tournure des esprits et la diversité des humeurs."

Quels ne furent sa stupéfaction et son vif plaisir à la vue des foules ferventes, comme aimantées par ces festivités somme toute champêtres :

"Tout de suite, l'élan se communiqua; une belle émulation se produisit; on voulut suivre notre exemple et organiser un peu partout des fêtes imitées de celle d'Esneux; l'arbre négligé, méprisé, livré aux vandalismes méthodiques ou accidentels, aux entreprises raisonnées ou inconscientes mais toujours criminelles, l'arbre semble reprendre dans l'estime et l'amour des hommes la place qu'il mérite. C'est avec une joie mêlée d'un peu d'étonnement que je constate ce résultat."

La Fête des Arbres gagna bientôt d’autres communes : Spa, Verviers, Liège, Huy, Frameries, Marcinelle, Saint-Gilles, Boitsfort, Lummen, Wenduyne, Anvers, et d’autres encore eurent à cœur de célébrer le « culte de l’arbre » alors en vigueur.

La portée de ce petit événement organisé dans la spontanéité et un climat de rusticité bon enfant pourrait sembler anecdotique. Il n’en constitue pas moins le point où se cristallisèrent des forces et des aspirations trop longtemps retenues.

Il traduit en effet l’effervescence intellectuelle qui agitait une certaine élite écœurée par l’impact dramatique de l’essor industriel et les conséquences d’une gestion forestière trop longtemps et tout entière soumise au dictat de la productivité.

Sous cet angle, la première Fête des Arbres constitue bel et bien le premier manifeste public concerté d’une certaine élite bourgeoise et bohème en faveur de la conservation de la nature. Du reste, les membres de la Ligue des Amis des Arbres surent se montrer, selon les termes de Louis Piérard, "capables d’autre chose que de jolies fêtes platoniques où de braves citadins s’en vont, romantiquement, protester de nobles sentiments arboricoles…"

Outre l’émergence des premières associations de conservation de la nature, on peut noter un fait objectif : le sauvetage des 508 hectares du bois de Colfontaine, seul poumon vert du Borinage menacé en 1907 par un consortium industriel.

Et bientôt, à l’échelon national, la création d’une section dédiée à la protection des sites au sein de l’honorable Commission des Monuments, institution où fut appelé à siéger Jean d’Ardenne, l’âme pensante du mouvement artistique et intellectuel en faveur de la nature et des arbres.

Esquisser la naissance et l’évolution de la Fête des Arbres à Esneux, c’est donc retrouver les racines d’une institution et du mouvement associatif qui, de nous jours encore, forment deux des piliers de la protection de la nature…

C’est aussi assister à la promotion d’un tourisme doux dont Jean d’Ardenne avait, depuis longtemps déjà, prôné une forme presque poétique et pédestre, aussi attentive à la beauté des paysages et de la nature qu’à la diversité du patrimoine bâti et des rencontres humaines.

Le patrimoine esneutois devait en bénéficier au premier titre. Grâce à Léon Souguenet, plus tard relayé par des associations locales, la magnifique Boucle de l’Ourthe qui s’étire, tout autour de Beaumont, entre Esneux et Hony, allait faire l’objet de la vigilance locale, régionale et bientôt nationale, préfigurant un classement progressif du site dont la splendeur nous est encore offerte à ce jour, pour ainsi dire intacte.

Par ailleurs, de toutes les communes belges, et a fortiori wallonnes, seul Esneux a maintenu la tradition durant un siècle, disposant ici un mémorial en souvenir des grands disparus (Léon Souguenet, Camille Lemonnier, Louis Gavage, Auguste Donnay, Emile Clicheroux), le plus souvent flanqué d’un arbre promis à un bel avenir, ou plantant tout simplement un arbre dont la seule beauté suffirait à manifester l’attachement des Esneutois à une tradition dont leurs pères et mères avaient si chaleureusement accueilli la première manifestation dans le pays.

Aujourd’hui, alors que s’annoncent l’année 2005 et le centenaire de la première Fête des Arbres à Esneux, la tradition demeure non seulement intacte, mais vivace et inventive.

Fête des Arbres

En témoigne l’élan d’adhésion suscité par l’initiative coordonnée par M. l’Echevin Philippe Lamalle : artistes, enseignants, membres des associations touristiques, gestionnaires forestiers, commerçants ou simples citoyens amoureux de leur terroir, il semble que tous aient choisi d’enrichir un programme de festivités tel qu’Esneux n’en a plus connu depuis des décennies : plantations, expositions, conférences, concerts, promenades guidées, édition de cartes postales, d’un calendrier, d’un album de prestige…

L’enjeu de ces festivités pourrait n’être que local : par l’ampleur des efforts déployés, la ferveur et l’unanimité des participants, ainsi que par la richesse symbolique du thème de l’Arbre, il se pourrait que ce Centenaire bien vert dépasse de loin les frontières de l’Ourthe et puisse bientôt inspirer aux communes liégeoises, sinon de Wallonie, le désir de retrouver, elles aussi, les racines de leur patrimoine !

Benjamin Stassen
Ecrivain-photographe, auteur de "La Mémoire des Arbres"

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