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Bienvenue à toi, visiteur,
Je suis la Dame Blanche et j'appartiens au peuple de la forêt. Avec les gnomes, je veille sur un bois dans cette Ardenne si mystérieuse. Ensemble, nous préservons la bonne santé des Arbres qui peuplent notre forêt. D'ailleurs, enfoui au fond de la vallée, le vieux chêne qui m'abrite se porte à merveille.
Il y a peu, tous les êtres de la forêt se sont réunis : nous avons parlé des Arbres et des Hommes et de leur relation avec notre monde. Nous sommes très inquiets. Les humains n'écoutent plus le message des Arbres. Ils n'arrêtent pas de courir et ne comprennent plus le sens de notre Nature.
Les Arbres sont des êtres vivants, ils appartiennent aussi à votre espace de vie. Sentez-vous combien vous leur ressemblez ? Nos deux mondes se sont toujours étroitement mêlés. Les Arbres ont tant donné aux humains : un abri où se blottir, et les moyens pour chauffer, équiper, nourrir et soigner le corps et l'esprit.
Visiteur, suis-moi, laisse là les uniformes, les masques et les apparences et viens découvrir toi aussi que tu es un Etre de bois.

Les huit temps forts :

1. Etres accueillis
Le regard du visiteur embrasse dès son entrée dans l'espace d'exposition un vestiaire en bois auquel pendent les tenues suivantes : le forestier, le bûcheron, le chasseur, les promeneurs, le propriétaire et le menuisier. La phrase "Nous sommes tous de la même fibre" est peinte sur des miroirs. Une vitrine présente la robe de la Dame blanche, la fée, qui lance son adresse au visiteur à coups de baguette magique...en bois.

2. Etres interpellés
Le visiteur se trouve ensuite nez à nez avec le tronc impressionnant d'un orme couché sur le sol. Il est invité à s'agenouiller auprès du tronc. En se plaçant tout contre l'arbre il sera en mesure d'écouter ce que l'arbre a à lui dire. Ce contact physique avec ce tronc incitera le public à renouer avec d'autres arbres qui ont encore leurs racines dans la terre.
Le message de l'arbre est diffusé par une bande-son (le texte a été écrit par Benjamin Stassen). L'orme met en garde et invite à reconsidérer notre relation à la forêt et à l'arbre et, par là, notre rapport au monde.
Fête des Arbres L'histoire personnelle de cet orme est liée à un site qui a connu de nombreuses activités humaines liées au bois, à l'arbre et à la forêt (Fourneau Saint-Michel, en l'occurrence). Son territoire était une prairie humide, non loin d'une forge installée en bordure de forêt. Un jour, la graphiose, une maladie transmise par des champignons, a eu raison de lui. Après sa mort, un homme l'a abattu. Sensible au charisme de l'arbre, l'homme a conservé le tronc jusqu'à aujourd'hui. Au cours de son existence, l'orme a observé, les différentes activités humaines en relation avec la forêt et le bois (sa maladie proviendrait-elle de cette observation ?) : forge, scierie, agriculture, exploitation forestière, tourisme... La nouvelle mission de l'orme est de rafraîchir la mémoire des humains qui ont une fâcheuse tendance à oublier l'importance des arbres pour leur survie sur la planète terre.

3. Etres identiques
L'arbre est le symbole de la nature par excellence. Celle-ci n'est-elle pas le reflet de ce que nous sommes au fond de nous ? Il s'agit ici de marquer le phénomène d'identification de l'homme à l'arbre, en insistant sur les liens d'interdépendance et les correspondances biologiques. Deux exemples parmi tant d'autres : la structure moléculaire de la chlorophylle ressemble à celle de l'hémoglobine, avec un atome de magnésium à la place du fer, le cambium se situe sous l'écorce de l'arbre et peut-être comparé à une matrice qui reproduit immuablement la même structure propre à chaque essence de bois.
Des photographies de Benjamin Stassen sont juxtaposées à des images médicales montrant l'intérieur du corps humain (réalisation José Ordonnez, Service de radiologie du professeur Streuyven, Hôpital Erasme, Bruxelles). Ces images servent de base pour comparer le fonctionnement de l'arbre à celui du corps humain : la circulation de la sève et l'arbre veineux, la photosynthèse et l'arbre respiratoire, les systèmes nerveux et les sexualités. De là à retrouver son arbre intérieur, il n'y a qu'un pas.

4. Etres guéris
Ce que la science est en train de découvrir, les anciens en avaient déjà conscience... Il s'agit de faire sentir au visiteur que l'arbre et la forêt ne sont pas uniquement des producteurs de bois. De tout temps, les "Etres de bois" ont relié l'homme à des niveaux de conscience supérieurs. Les arbres sont les agents privilégiés de la communication entre les trois mondes : le sous-sol, la surface de la terre et le ciel.
Pour donner une forme à cet échange, l'homme crée des images, des objets, des mythes et élabore des cultes religieux, tissant une relation toute particulière avec les arbres.
Les arbres ont des vertus médicinales, certains plus que d'autres : sève, feuilles, écorces, racines, soignent nos maux. Que les sociétés pharmaceutiques s'intéressent au patrimoine végétal pour inventer de nouvelles solutions thérapeutiques (une molécule anticancéreuse a été tirée de l'if, par exemple), ne nous étonnera pas. Communiquer directement avec un arbre dans son jardin, une forêt, un parc, c'est aussi se soigner. En développant une communication sur des plans subtils avec l'arbre, on retrouve la source d'une relation directe avec la nature.
Si les arbres nous apportent de nombreux bienfaits, que leur apportons-nous ? N'est-il pas temps de rendre à la nature ce que l'homme lui prend ? Quels soins apporter aux arbres ? Ne sont-ils pas trop souvent considérés comme des objets ?
Un coffre aux trésors, en bois, s'ouvre sur des éclats de cristal qui scintillent sous la lumière. Le public peut les manipuler, mais ne peut les emporter. Ce trésor des "Etres de bois" est à tout le monde, il ne s'agit pas de le consommer de façon égoïste. Autour du coffre des boîtes en bois renferment ces richesses mentionnées par des étiquettes : oxygène, sève, partage, non domination, etc.

5. Etres à l'abri
La forêt-abri est la fonction la plus ancienne des massifs forestiers. Les huttes construites en forêt par les bûcherons, charbonniers et autres sabotiers, étaient des survivances des premiers abris construits par les hommes avant l'Histoire Les constructions fixes sont comme des arbres. Elles prennent appui sur le sol qui absorbe une grande partie des contraintes.
La forêt sauvage telle que la connaissent encore certaines régions du globe, est un mythe en ce qui concerne nos régions. Le couvert forestier est le résultat d'interventions successives de l'homme. Son but : se procurer le bois dont il a besoin. Mais est-ce là la seule fonction de la forêt ? Et n'est-il pas temps de trouver l'équilibre entre gestion écologique et production économique rentable ? Qu'est-ce qui caractérise un écosystème forestier ? Quels buts poursuivons-nous lorsque nous gérons une forêt ?
Le visiteur est invité à pénétrer dans une reconstitution de hutte de bûcherons, pour expérimenter la sensation d'être entouré de bois. La consigne est d'enlever ses chaussures. L'ambiance est douillette, des coussins y sont disposés. Sur ceux-ci sont imprimés des croquis illustrant les grandes étapes de la construction en bois de la préhistoire à aujourd'hui et les trois types de forêt principaux : forêt naturelle, futaie régulière, futaie irrégulière.

6. Etres au chaud
Un jour, un arbre fut foudroyé, l'incendie gagna la forêt... et la lumière fut ! C'est de cette manière que le feu, don du ciel, parvint aux hommes. La domestication du feu est un événement essentiel dans l'histoire humaine. Si l'homme a tout d'abord ramassé le bois mort pour alimenter son foyer, il a ensuite abattu des arbres sur pied. Jusqu'à une époque récente, le bois et le charbon de bois furent les seuls combustibles.
Aujourd'hui, c'est la télévision qui remplace le foyer autour duquel on racontait les événements du jour. Ce détail anodin signe la fin de la civilisation du bois. Les outils d'abattage et de façonnage du bois prennent la poussière au fond des remises ou deviennent des objets de musée. « Celui qui m'a coupé connaissait ma saison » peut-on lire sur une poutre d'une grange du XVIIIe siècle à Saint-Rémy-lez-Chimay. Récolter un arbre selon les règles de l'art nécessite une maîtrise de nombreux paramètres. Avec une hache, par exemple, on peut faire beaucoup de choses : abattre, ébrancher, équarrir, pointer et débiter d'autres objets plus élaborés.
L'abattage d'un arbre est une des techniques les plus anciennes de l'humanité. Pourquoi abattre des arbres ? Pour se procurer du bois de chauffage, du bois d'oeuvre ou du bois de trituration. En matière d'approvisionnement, Il faudrait parler de filière mondiale du bois. La Belgique n'est pas autosuffisante en matière de bois, elle doit en importer pour satisfaire ses besoins. Quel est le nombre de mètres cubes de bois prélevés par an chez nous et sur la planète ? Et pour en faire quoi ?
Le visiteur s'installera devant une corde (terme qui désigne un tas de bois de deux mètres sur un mètre) dans laquelle est placé une télévision qui diffuse un vidéogramme. On y voit Florence (85 ans, de Mirwart) et Nelly (76 ans, de Nassogne) qui allument un feu dans un poêle crapaud. Elles nous parlent de la chaleur du bois (il est manipulé 13 fois avant de donner un peu de chaleur !), de la façon de "faire son bois", de ce qu'il faut savoir pour acheter son bois de chauffage et de l'affouage. Pendant une heure la discussion s'alimente au fil de la cuisson de la grosse soupe qui frisonne sur les flammes. Ensuite on mange, on regarde l'album photo, on rigole. C'est la vie !

7.Etres équipés
L'apparition de l'outil précède celle du langage dans l'histoire humaine. Nos ancêtres ont imaginé les ustensiles qui leur permettraient de donner forme à leurs ouvrages. L'image de l'outil dans leur tête est à l'origine de toutes les réalisations concrètes que l'on nomme Culture. L'outil serait donc la plus ancienne manifestation culturelle. Voilà qui valorise enfin le travailleur manuel et le libère de ses complexes ! Qu'on se le dise...
Fête des Arbres De l'établi à la garde-robe, comment ça se passe ? Si le travail du bois s'est perfectionné au fil du temps, les comportements des utilisateurs du bois montrent de grandes constantes. Depuis toujours, les gens du bois travaillent le même matériau et accomplissent les même gestes : débiter, corroyer, façonner, assembler. Certains outils sont des instruments universels utilisés par tous les métiers du bois : hache, scie, marteau, rabot, ciseau. Et avec une fréquence moins grande : gouge, compas et racloir. Les formes varient et se spécialisent en fonction des métiers. Si les outils se perfectionnent, ils sont toujours utilisés selon les mêmes règles. C'est seulement avec l'arrivée des machines automatiques et de la robotique, que la donne a véritablement changé. Une distance s'est alors installée entre l'homme et la matière.
Pour réaliser un ouvrage en bois qui corresponde aux désirs du commanditaire, l'artisan doit effectuer des choix : le type de bois, le mode d'assemblage, les outils et les gestes adéquats. L'ensemble de ces choix correspondent à la manière d'être au monde de l'ouvrier. Certains seront de simple reproducteurs, d'autres innoveront, alourdiront l'ouvrage ou cultiveront l'élégance. La transformation de la matière par l'outil ne peut se faire sans le geste intelligent de l'ouvrier. Un geste dépouillé est la marque du maître. Ce savoir-faire s'acquiert à force de pratique et se transmet lors de l'apprentissage. Pas si facile de trouver le fil du bois et de tenir convenablement un rabot...
Une grande armoire se dresse dans l'espace. Le visiteur peut en manipuler les portes et les tiroirs, observer les assemblages, apprécier la finition. A l'intérieur du meuble sont rangés des pièces de bois d'essences diverses et des ouvrages en bois : une roue, une barrique, des sabots, des objets sculptés, tournés, utilitaires ou décoratifs.
Devant l'armoire : l'établi du menuisier/ébéniste ou l'archétype de l'artisan du bois. Le visiteur expérimente les spécificités de son travail en suivant les étapes de la fabrication d'un nouveau pied pour une chaise ancienne. Sur l'établi, on distingue chaque étape du travail. Le visiteur est invité à toucher les surfaces des pièces de bois, relier la forme des outils à leur action sur le matériau, observer la façon de travailler en fonction du fil du bois, etc.

8. Etres nourris
Comment survivre en forêt ? Trouver de l'eau potable, s'alimenter à partir des végétaux rencontrés : graines et noix, racines, feuilles crues, fruits, écorces. Et la chasse, pour ou contre ?
Et si nous redevenions des hommes et des femmes sauvages. Ce mot apparu dans la langue française au XIIème siècle (pour la 1ère fois dans « Le voyage de Charlemagne ), vient du latin silvaticus qui signifie « des bois ». Silva désigne « la forêt ». Ce qualificatif donne une couleur édifiante aux noms auxquels il se rapporte : un animal qui n'est pas apprivoisé, une plante qui pousse sans culture, un événement qui s'organise spontanément en dehors des lois, un peuple qui vit en dehors de la civilisation, un individu qui fuit la société des hommes. Ne trouve-t-on pas ce petit côté « sauvage » chez certains travailleurs des forêts ? Pas facile de faire parler un bûcheron. De plus, on travaille beaucoup « en noir » dans les forêts. Ce phénomène est dû en partie aux contingences économiques et aussi au côté rebelle de bon nombre d'hommes du bois. Que recherchons-nous lors de nos promenades en forêt, outre le bon air ? Nous souhaitons échapper aux structures codifiées et contraignantes du quotidien. C'est là une nourriture qui alimente également de nombreuses créations artistiques. Combien de musiciens, peintres, écrivains et autres créateurs, se sont sentis pousser des ailes en forêt ?
Fête des Arbres Malgré la sylviculture intensive ou le clonage de certaines essences, la forêt demeure le symbole par excellence de la vie sauvage. La lutte entre la forêt et les champs existe depuis que l'homme est agriculteur. S'il y a, d'un côté, de nombreuses « industries mangeuses de bois » (dans le passé : forges, verreries, transports maritimes, tanneries, étayage des mines, etc), l'agriculture s'est développée également au détriment de la forêt. Après l'An mil, le déboisement prend son allure de croisière. G. Fourquin écrit que le « XIIème siècle fut celui du plus grand recul de l'arbre ». Développement urbain et poussées démographiques augmentent les besoins en bois et en terres cultivables. Les terres fertiles sont prises à la forêt, sous l'impulsion des moines cisterciens et bénédictins. Le phénomène de déforestation ne date pas d'aujourd'hui. Avec le temps, le fléau s'est simplement déplacé vers de nouvelles zones géographiques. Chez nous, le combat entre l'agriculteur et la forêt persiste : essartage hier, abattage d'arbres remarquables aujourd'hui. Quant au grignotage des forêts par le bétail, il pourrait redevenir d'actualité si les éleveurs, renonçant à l'élevage intensif, sortent leurs animaux des étables...La lutte entre les champs et les forêts est loin d'être terminée.
Une table où le couvert est dressé et des bancs attendent le visiteur. Sur la vaisselle sont imprimées des recettes dont les ingrédients se trouvent en forêt. Un plat de service pose la question : "Encore un peu de gibier ?" Le visiteur pourra choisir sa position en consultant les menus "Oui, avec plaisir" ou "Non, sans façon".
Après le repas, on digère à la bibliothèque. Plus loin, c'est de nourriture spirituelle dont il est question. Dossiers brûlants, archives et "Le livre du druide", calligraphié et illustré par Raphaël Zander, se consultent dans des fauteuils confortables.
Au sol, un plancher où s'inscrit le dernier message de la Dame Blanche, la fée qui a guidé le visiteur tout au long de l'exposition. Cette fée lui délivre un dernier conseil avant qu'il ne se dirige vers la sortie :

Bonne route à toi, visiteur,
A présent, tu portes en toi le secret des Etres de bois. N'oublie pas de garder l'esprit clair lorsque tu accomplis, parmi les Arbres, tes gestes d'Etre humain.
La Dame Blanche

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